Rétrospective Comblain
Rétrospective Comblain
Kenny s’étonne !
Placée dans la bouche du père de la batterie moderne, cette exclamation situe la mutation que connaît le jeune festival en 1960. Dans les semaines fiévreuses qui précèdent l’événement, la presse aligne des chiffres étonnants: “200 vedettes, 48 orchestres et attractions, 15 nations”.
Mais ils ne sont rien en comparaison de celui qui fera la une de La Meuse au lendemain du festival: “Le record mondial de Newport est pulvérisé (…) Ils furent 20.000 dans la prairie”.
Même en prenant en considération la tendance à arrondir à l’unité supérieure qui caractérise ce type de comptage, on ne peut que se rendre à l’évidence: les photos, elles, ne peuvent mentir: c’est une foule colossale qui se masse sur les bords de l’Ourthe le week-end des 6 et 7 août 1960 ! Et le dimanche en fin d’après-midi, malgré les parkings prévus, malgré la mobilisation de plusieurs corps de gendarmerie, un embouteillage monstre paralyse évidemment les routes d’accès à Comblain, hier encore paisible village aux venelles étroites, aujourd’hui catapulté “capitale européenne du jazz”.
Les musiciens du Jump College doivent abandonner leurs véhicules et gagner le podium à pied, instruments au dos.
Oh, bien sûr, tout ce monde n’est pas venu dans le seul but de claquer des doigts et d’avaler des chorus; le programme de variété et la présence d’animateurs vedettes (Jean-Claude, Arlette Vincent) ont probablement aimanté plus d’un Comblinois d’un jour; et le battage promotionnel hors-normes présentant le festival comme l’Evénement de l’année ou presque, on imagine aisément que de nombreux pique-niqueurs sont à Comblain parce que c’est là qu’il faut être ce week-end là.
N’empêche: les vrais jazzfans sont au poste eux aussi, et en nombre !
Notre regard blasé s’étonne de ce rassemblement des forces vives du jazz autour d’une affiche certes attractive, mais où ne figure aucun des géants médiatiques (Armstrong, Duke, Ella…): mais en 1960, la présence simultanée de Kenny Clarke, Chet Baker (qui rempile), Bill Coleman et Helen Merrill est une véritable providence !
D’autant qu’ils sont entourés de la crême du jazz européen: Martial Solal (F) Yoki Freund, Albert Mangelsdorff (D) Rita Reys (PB) Dusko Goykovic (Youg), Eric Moseholm (DK) etc.
Sans oublier Jacques Pelzer, Leo Souris, qui joue une Suite pour Comblain à la tête de ses Five Cats, dirige l’ensemble à cordes qui accompagne une partie du répertoire de Chet et d’Helen Merrill, et accompagne des films muets offerts par la MGM; ou Jack van Poll, qui remporte le Tournoi du samedi.
Jusqu’au soleil qui est venu faire la nique aux parapluies des récidivistes prudents!
Si on en croît la presse, 10.000 festivaliers sont toujours sur le site lorsque commence la jam finale.
Cette fois encore, c’est le feu d’artifice: Chet, Kenny, Jacques, Dusko, Martial et les autres, réunis pour un de ces lumineux voyages au bout de la nuit dont le jazz a le secret .
Au terme de ce dimanche, tout le monde sait que l’aventure n’est pas finie.
L’apothéose du deuxième festival: la jam-session, avec de
g à d Dusko Goykovic (tp) Chet Baker (tp) Martial Solal (pn) Benoît Quersin (cb) Kenny Clarke (dms) Lennart Jonsson (bs) Jacques Pelzer (as), coll LM
Charles Aznavour assure l’intermède “variété” du Festival
coll. LM