Rétrospective Comblain
Rétrospective Comblain
Les Huns et les autres
La logorrhée médiatique qui entoure Comblain en 1961 induit une perspective historique tronquée: à ne considérer que la masse de papier centrée sur l’événement, on pourrait s’imaginer que la Belgique est un pays de cocagne pour le jazz. Balivernes ! Le week-end comblinois n’est hélas que l’exception qui confirme la règle: en Belgique comme ailleurs, il est impensable de vivre décemment du jazz, les 363 jours de l’année où il n’y a pas Comblain!
Et si on y regarde d’un peu plus près, l’abondance de promotion et de commentaires qu’offre La Meuse (co-organisatrice du Festival, ne l’oublions pas) dit elle-même à longueur de lignes le malentendu. C’est la fête, et non le jazz, qui attire le gros du public et nourrit l’essentiel des chroniques.
Les qualificatifs s’attachent à la démesure de l’événement, pas à la musique. Record d’affluence battu (25.000 entrées), ruses vestimentaires déployées par le public pour s’adapter à l’alternance de soleil et de pluie, désarroi de Diana Dors dont la robe de scène est coincée dans une roulotte fermée à clé: le Comblain médiatique se réduit souvent à cette peau de chagrin et à quelques photos de jazzmen - pour justifier la titraille.
Au pays de la chronique, l’anecdote est sans rivale !
Pourtant, du bon, de l’excellent jazz, il y en a, à l’affiche de cette troisième édition, et pas qu’un peu!
Ainsi, Kenny Clarke est de retour, avec dans ses valises quelques-uns des meilleurs jazzmen américains installés à Paris: Lou Bennett (org), Jimmy Gourley (gt) et, surtout, le grand pianiste maudit Bud Powell. Mais combien de spectateurs connaissent-ils le nom de Bud Powell, au-delà du cercle des éperdus de bleu, massés autour du podium. Ceux-là constituent le vrai public du Festival de jazz de Comblain-la-Tour, mais ils ne deviennent intéressants que lorsqu’il pleut des cordes et qu’ils semblent ne pas s’en apercevoir.
Enthousiastes, ils applaudissent à tout rompre lorsqu’un chorus décolle, mais ils huent sans pitié les numéros de variété - l’année suivante, en plus des bottes de pêcheurs et des parapluies, ils amèneront à Comblain des cabas remplis de tomates!
En attendant, ils se délectent de la musique brûlante que leur offrent les solistes, qu’ils soient Américains, Européens (Grappelli (France), Montoliu (Espagne), Tommasi (Italie), Doldinger (Allemagne), ou …Belges.
Jacques Pelzer et se section rythmique black - George Joyner (cb) et Buster Smith (dms),
coll MJ (JPS)
Aux limites du surréalisme: Bud Powell, le maître du piano be-bop, dans la pâture de Comblain-la-Tour !
coll P.I.
Pour la première fois, les trois grands jazzmen liégeois sont présents à Comblain. Et ça n’a pas été sans mal. Car si Jacques Pelzer est déjà un habitué du grand pré, Jean-Marie Peterken et Nicolas Dor ont dû braver la jungle new-yorkaise pour retrouver Bobby Jaspar, devenu le partenaire de Miles Davis, de Coltrane, de Bill Evans; quant à René Thomas, il a quitté sa cabane au Canada pour être de la fête.
Hélas, Jaspar est malade et, malgré le soutien d’Attila Zoller (gt), sa prestation à Comblain s’en ressent (rétabli, il donnera, 8 jours plus tard, à Ostende, un concert impérial).
Thomas et Pelzer, par contre, portés par une rythmique black (George Joyner et Buster Smith) sont en grande forme et ils mettent dans leur poche un public qui, désormais, les attendra au tournant de chaque nouvelle édition.