Rétrospective Comblain
Rétrospective Comblain
L’année ou Jimmy mit le feu !
Les formules à l’emporte-pièces apparues dès la deuxième année du festival (“Comblain, capitale mondiale du jazz”, “le plus grand festival au monde”) avaient quelque chose de gentiment mégalomane et le nombre d’entrées avancé devait évidemment être relativisé.
Alors que tout le monde redoute le tournant de cette 5° édition, elle va connaître le même succès populaire que ses prédécesseurs, mais, en outre, Comblain va y gagner en reconnaissance auprès des spécialistes.
Dès le vendredi soir, Comblain est envahi et déjà, des orchestres spontanés champignonnent dans le village et dans les champs.
Comme prévu, les festivaliers peuvent choisir leur camp : d’un côté, le grand pré du jazz évidemment, de l’autre la prairie des Jeunes, le rendez-vous des fans de “Salut les Copains”; et entre ces deux mondes, une passerelle, carrément.
Obstiné, Napoli tient pourtant à “couper” le programme jazz du grand podium par quelques intermèdes de variété. L’alerte avait été donnée en 62: en 63, les intraitables se sont armés pour une série d’attentats légumiers. Le message est clair, il y a bien deux publics à Comblain (trois si on compte les habituels “touristes” pique-niqueurs du dimanche après-midi) et ce n’est pas qu’une question de générations.
Milou Struvay, à son apogée, remarqué par les journalistes français présents à Comblain;
Ph JPL, coll JH
Pour le reste, un accueil très chaleureux est également réservé au trompettiste Milou Struvay, au pianiste de blues Curtis Jones, et, comme chaque année désormais, au quartet Thomas-Pelzer, qui joue un émouvant Theme for Freddy sur lequel plane l’ombre du grand absent de 63, Bobby Jaspar, mort à New-York en février.
Le traditionnel Tournoi d’Orchestres amateurs a d’ailleurs été rebaptisé cette année Trophée Bobby Jaspar.
Jimmy Smith et Comblain en couverture de Jazz Hot,
Ph JPL
Côté jazz, on attend au tournant l’altiste et flûtiste Bud Shank, annoncé dans un récital de bossa-nova: sa prestation ne retient pourtant guère l’attention, sans doute parce que le batteur dont il est flanqué semble tout ignorer des rythmes latins.
Et comme l’an dernier avec Cannonball Adderley, c’est avant tout UN nom qui s’imprime de manière indélébile dans les mémoires: celui de l’organiste Jimmy Smith.
Bénéficiant d’une prise de son remarquable, Smith séduit, chavire, bouleverse, hypnotise le public et les critiques, unanimes pour une fois.
Comme en transe, il semble ne jamais devoir s’arrêter: lorsqu’enfin le concert se termine, c’est le délire dans le public- le dimanche après-midi, Jimmy Smith donnera en outre une formidable leçon de tolérance aux “terroristes potagers”, en montant sur scène, juste pour faire l’accolade au pauvre Adamo entomaté!
Gentleman.
Une chose est sûre: le “nouveau” Comblain a gagné son pari.
Face au succès de Jimmy Smith, Nicolas Dor conclut qu”il est possible de faire triompher le festival avec un bon jazzman, même inconnu des profanes” et il suggère” de recommencer avec Coltrane ou Dizzy Gillespie l’an prochain”. Reste à faire accepter ce principe aux gens de commerce qui, d’année en année, flairent en Comblain “la bonne affaire”!
Adamo et Jimmy “Zorro” Smith, in La Wallonie