Rétrospective Comblain
Rétrospective Comblain
Et l’Ourthe quitta le lit de la Meuse...
Si un historien du futur ne disposait, pour retracer l’évolution de la popularité du festival de Comblain-la-Tour, que des archives du seul journal La Meuse, il tracerait sans aucun doute une courbe largement ascendante de 1959 à 1962, une chute libre en 1963, et une stagnation au plus bas niveau par la suite.
Sans doute attribuerait-il le déclin brutal à l’irruption de la vague yé-yé, à la radicalisation du free-jazz, que sais-je encore.
Or, si le jazz est bel et bien en crise dans les années ‘60, il s’agit là de processus à long terme, qui ne peuvent suffire à expliquer le silence soudain du quotidien qui co-organise le festival. Qui co-organisait le festival. En réalité, le changement de politique éditoriale n’est que le reflet, logique, de la fin du partenariat privilégié qui, depuis 1959, liait La Meuse au festival des bords de l’Ourthe.
Il ne nous appartient pas de juger des raisons exactes qui firent soudain de Napoli un nom proscrit dans les couloirs de la Meuse. Une chose est sûre: cette rupture est un signe. Signe que l’argent ne facilite jamais les rapports humains. Signe que d’autres dissensions éclateront probablement par la suite - d’ailleurs, si Dor et Peterken restent aux commandes du festival avec Napoli, la RTB, qui avait délégué sur place tous ses animateurs vedettes en 61-62, est cette année beaucoup plus réservée.
L’entrée en scène de la Fédération du Tourisme, coll JCD
Le Grand Bazar, chargé jusqu’alors de la décoration générale du site, met les bouchées doubles lui aussi: c’est sous l’égide du G.B. Jeunesse Club qu’est organisé le Podium des Jeunes en 63.
Le changement d’équipe s’effectue donc dans de bonnes conditions, et le programme est excellent, mais c’est néanmoins la gorge serrée que les organisateurs voient approcher la date fatidique.
Et s’ils ne venaient pas ?
Exit La Meuse :la Gazette de Liège entre dans la bataile,
coll JCD
Mais par contre, le monopole étant brisé, voilà soudain que le reste de la presse, quotidiens, hebdomadaires et périodiques confondus, rentre dans le jeu jadis balisé par Paul Gabriel. Et ce d’autant plus aisément que le festival bénéficie désormais du parainage de “ la section Liège Luxembourg de l’association générale de la presse belge” .
Ainsi, la Gazette de Liège sort une édition spéciale destinée aux chasseurs d’autographes; la Wallonie consacre dès le mois de mai des encarts aux vedettes inscrites au programme; le Monde du Travail, la Cité, Samedi-Presse et bien d’autres - même le journal Tintin - se mettent aussi à l’heure de Comblain.
Et au total, au lieu de la douche froide supputée, on n’est pas loin de la promo boulimiques de 61-62 .
Par ailleurs, le festival ayant fait ses preuves, les Pouvoirs Publics montrent le bout du nez: des synergies nouvelles se développent avec les instances locales (Syndicat d’Initiative, Administration Communale) et provinciales (Fédération du Tourisme).
Quant à la liste des sponsors engagés dans l’aventure, elle ne cesse de s’allonger - et avec elle le nombre de stands sur la plaine : cette année, on peut même s’acheter un vélomoteur à Comblain; et pour que la fête soit complète, on annonce un grand feu d’artifice de 4 heures !