Rétrospective Comblain

 

Bill Evans et les Chaminou’s

“Comblain-la-flotte”, “Les Parapluies de Comblain”, les titres des reportages sont éloquents. Vu de haut, le public ressemble à une énorme tortue cabossée.


En 1964, comme presque chaque année, il pleut des cordes à Comblain-la-Tour. Et comme presque chaque année, les festivaliers résistent avec un stoïcisme devenu légendaire - certains journalistes, et non des moindres, vont jusqu’à avancer que “sans pluie, Comblain ne serait pas vraiment Comblain”. Un peu comme un pique-nique sans fourmis. Seul problème: une mer de parapluies - on en vend évidemment sur le site -, ça peut poser quelques problèmes de visibilité. Le son, par contre, reste irréprochable, où qu’on se trouve dans la prairie du jazz.

Et pourtant, les jazzfans sont conciliants; quel autre public pourrait sans rechigner attendre Ray Charles pendant une heure sous une pluie battante; quel autre public pardonnera d’aussi bonne grâce aux organisateurs l’erreur tactique qui constitue le seul gros couac de l’édition 64 : la programmation, en apothéose du festival, de la musique intimiste et introvertie d’un Bill Evans par ailleurs malade et agacé par l’état du piano.


Pendant ce temps, sous la tente des jeunes, ça chahute, ça picole et ça danse (au sec).

Ce qui fait l’affaire des barmen mais consterne ces moralistes coincés qui rêvent de supprimer carrément le programme teenager - “il y en a même qui se baignent tout nus dans l’Ourthe, savez-vous bien ! “.


Question: sans ces milliers de jeunes, venus à Comblain pour affirmer leur différence plus que pour écouter de la musique, comment se porterait la caisse du festival ?

Le recueillement de Bill Evans dans la nuit comblinoise,
Ph JPL coll JH

Du jazz, car cette année, le divorce est enfin consommé : jazz et le” yé-yé” font chambre à part et plus aucun artiste de variété n’est intercalé dans la programmation bleue : bien sûr, les quelques 40 orchestres qui défilent sur le grand podium ne sont pas tous composés de musiciens d’exception (ce qui nuance la comparaison facile avec Antibes qui, la même année, ne propose que 13 orchestres), mais au moins, ils font du jazz. 


Têtes d’affiche ‘64: Ray Charles, qui arrive enveloppé de gendarmes; Bill Evans, annoncé avec son nouveau trio le samedi en début de soirée, et qu’on retrouvera à nouveau en fin de soirée le dimanche en remplacement de la “grande vedette américaine dont le nom devait rester confidentiel jusqu’au 8 août” (!); le bluesman Memphis Slim (qui s’excusera, en montant sur scène, d’avoir écourté bien malgré lui la prestation du tandem Thomas-Pelzer); et encore Peanuts Holland, Jon Eardley, le big band (fort apprécié) de Johnny Dankworth etc.