Rétrospective Comblain
Rétrospective Comblain
L’Internationale
A l’aube de sa 7° édition (peut-être la plus jouissive sur le plan strictement musical), le Festival de Comblain-la-Tour est bel et bien devenu un événement d’envergure internationale.
Sa réputation s’étend jusqu’aux Etats-Unis, où le parajazzique américain Jimmy Lyons (rien à voir avec l’altiste du même nom) met sur pied un voyage organisé combinant visite de quelques grandes villes de France et de Belgique, et participation aux Festivals d’Antibes et de …Comblain-la-Tour.
Avec la complicité des maires de New-York et de la Nouvelle-Orleans, la place du village et la route du grand pré sont jumelées, l’une à Times Square, l’autre à Basin Street.
Petit à petit, le public s’est lui aussi internationalisé: on vient désormais à Comblain des quatre coins du globe.
Si on ajoute à cette internationalisation le poids des enjeux financiers (2 millions de recette en 64), on peut comprendre que les autorités s’emballent.
Qui aurait imaginé 6 ans plus tôt que Comblain se partagerait la couverture de Jazz Mag avec Newport, New-York et Chicago ?
coll MJ
Dans un article sulfureux intitulé Basin Street ou Business Street, un journaliste compare cet emballement à la fierté risible de celui qui parvient enfin à faire sauter un bouchon récalcitrant après que quatre autres personnes se soient esquintées dessus et aient fait le plus gros du travail.
Et à lire certain courrier mi-inquiet, mi-offusqué envoyé par Joe Napoli au Syndicat d’Initiative de Comblain en avril 65, on devine aisément qu’il y a comme qui dirait de l’eau dans le gaz (un comble, pour une fois qu’il n’y en a pas dans le ciel!). Aux limites de la paranoia, l’ancien G.I. en viendrait à se brouiller avec ses partenaires les plus proches et les plus indispensables.
La zizanie s’installe jusque dans la population comblinoise, une partie des riverains faisant leur beurre chaque week-end du festival, les autres ne récoltant que dégradations et vandalisme.
Comblain dans le circuit des Tour Operators américains,
coll RP
Le programme de 65, Graph MCiparisse - coll MJ
Dans ce climat de tension, les moralistes salonards que le Podium des Jeunes hérisse de plus en plus au fur et à mesure que les cheveux s’allongent et que la Woodstock Era pointe à l’horizon, n’ont aucun mal à obtenir gain de cause, à grand renfort de fils barbelés et de service d’ordre musclé.
Pas bon, tout ça. Il est bien loin, le mythe du grand pré de la solidarité! Et puis tiens, tant qu’à faire, si on glissait un peu de sel pré-communautaire dans cette salade ? Incroyable mais vrai, certains élus flamands prient la presse neerlandophone de ne plus cautionner un festival “qui boycotte les musiciens du nord du pays”.
A travers l’humidité brumeuse, John Coltrane hurlera pourtant, le dimanche soir, un fabuleux Peace and Love saxophonique.
Mais ni les marchands du temple, ni les barbouzes, ni les moralistes, ni les flamingands ne sont programmés pour les choses de l’amour, c’est bien connu, et le chant de Coltrane ne bouleversera en fin de compte que les convertis.
Un an plus tôt, on s’emballait sur des projets déments de Temple du Jazz: pour un peu, on en viendrait maintenant à s’interroger sur la viabilité d’une 8° Internationale Bleue, en 1966.