Comme une odeur de terre mouillée...
Comme une odeur de terre mouillée...
La promo de cette 8° édition a laissé planer jusqu’au dernier moment l’illusion du “tout va bien”; les 6 et 7 août, on réalise cependant très vite que la sauce a du mal à prendre.
Problèmes de météo: la pluie n’a jamais fait peur aux festivaliers, mais en 66, suite aux pluies torrentielles des dernières semaines, le grand pré est plus détrempé que jamais: humidité, bruine, froid - un véritable temps pourri. “On pataugeait dans la prairie comme l’armée allemande devant Moscou en pleine schlammperiode” écrit de manière tristement prophétique le chroniqueur de Pourquoi Pas.
Problèmes de désistements: Stuff Smith, Kenny Drew, Boulou Ferré, Art Farmer (dont La Libre, La DH et Le Soir commentent pourtant sans vergogne le concert!).
C’est à celui que, trente ans plus tôt, on surnomma le “Roi du Swing” que revient de clore l’aventure de Comblain,
coll JCD.
Problèmes de sono. Et puis surtout, problèmes de fréquentation - des chaises vides à Comblain, ça ne s’était jamais vu! Les inconditionnels sont là, bien sûr, mais ils ne suffisent pas à rentabiliser le festival.
Et d’ailleurs, même ceux-là n’arrivent plus à se mettre d’accord: entre ceux qui ne supportent plus le dixieland et ceux que le free-jazz horripile, l’espace de tolérance est réduit.
Or le free, apparu en 65 avec Tchicai, est bien présent en 66: Gunter Hampel, Henri Texier, Irene Schweizer, Peter Brötzmann jouent une musique pour laquelle le public comblinois n’a guère d’estime (“on serait curieux de l’entendre jouer une simple gamme sur son saxo” ironise un commentateur à propos de Brötzmann).
De g à d Gary Burton (vbes) Stan Getz (ts) Roy Haynes (dms),
Ph JPL, coll Jaz Mag
Le grand amalgame - ceux que le gentil libertinage comblennois offusque en 1966 n’ont qu’à bien se tenir: trois ans plus tard, la festivalite atteindra son apogée dans un petit village américain appelé …Woodstock!
Coll RP
Même Paul Bley et Barney Wilen font bailler plus d’un festivalier. Et pourtant, cette fois encore, les choses s’arrangent en fin de soirée. Le samedi, Stan Getz (ts), Gary Burton (vbes), Steve Swallow (b) et Roy Haynes (dms) font l’unanimité.
Le dimanche, après des concerts fort appréciés de René Thomas (en trio) et du quartet Grahame-Busnello, Benny l’Homme-Bon réconcilie en un tonique bain de swing l’ensemble des jazzfans.
L’honneur est sauf.
La caisse, par contre… Le concert de Goodman a coûté la somme - faramineuse pour l’époque - d’un million de francs.
Et les exigences de dernière minute de Stan Getz (location d’une voiture pour le week-end etc) ont occasionné un dépassement de budget d’autant plus douloureux que le public n’a pas répondu massivement à l’appel comme les autres années.
L’ambiance elle-même n’est plus ce qu’elle était. Et ce n’est évidemment pas la faute des apprentis-beatniks présents sur le site.
C’est pourtant ce que vont clamer avec jubilation les “moralistes”, justifiant les interventions déplacées de la Brigade des Moeurs par le fait que Comblain est devenu un “ghetto d’éthylisme et de sexe” !
Balivernes annexes. Le vrai bilan de Comblain 66 est autrement complexe et …sans appel !