“Le jazz est aussi américain qu’hindou. La musique ne connaît pas de frontière: c’est l’expression internationale de l’amitié de tous les pays, qu’ils soient de l’est ou de l’ouest. J’espère que ce festival marquera le début de nombreuses années de Festivals à Comblain-la-Tour"
(Joe Napoli, in Programme 1959)

Aventure. Saga. Epopée. Phénomène. Miracle. Le vocabulaire utilisé dans les médias pour le désigner est révélateur du halo mythique qui entoure le syndrome comblinois dès le départ. Sans doute la genèse peu banale du festival y est-elle pour quelque chose.
Montée en épingle par La Meuse, l’histoire du G.I. reconnaissant montant un Festival à l’Américaine pour faire réparer le toit de l’église colle à merveille à l’idée que l’on se fait à l’époque du Rêve Américain.
Mais, tant qu’à parler d’église, il convient de la remettre au milieu du village.
En 1945, Joe Napoli fait bien partie de la 3° division blindée de la première armée américaine; pendant l’offensive Von Rundstedt, il séjourne effectivement dans la région de Comblain-la-Tour (à Xhoris plus précisément); l’Américain se lie d’amitié avec une famille comblinoise avec laquelle il gardera des contacts privilégiés; en 1957, c’est bien lui qui propose au tandem Dor- Peterken d’organiser dans une prairie de Comblain un concert de Chet Baker (dont il est le manager).
Mais réduire à cette belle histoire une manifestation de l’envergure du Festival de Comblain est évidemment un peu léger.
Joe Napoli en stage d’intégration totale à Comblain ! coll. Patriote Illustré
Si la sauce prend aussi rapidement, c’est aussi et surtout parce qu’un consensus se crée autour de l’événement. Sans Jean-Marie Peterken et Nicolas Dor, sans le soutien médiatique forcené de Paul Gabriel, rédac’chef du Journal La Meuse, sans les milliers de lignes pondues par Raymond Arets pour ce même journal, sans le travail de relations publiques effectué par Willy Henroteaux, sans l’enthousiasme et la disponibilité des Comblinois, il n’y aurait évidemment pas eu de festival !
Les “5 de Comblain”: de g à d Nicolas Dor, Willy Henroteaux, Joe Napoli, Raymond Arets, Jean-Marie Peterken, coll LM
N’empêche: le pari est costaud ! Chez nous, le concept de Festival en plein air est nouveau. Tout est à faire. C’est sur le terrain de football de Comblain (une prairie cabossée) qu’est érigé le podium - un podium aux allures futuristes dû au talent du peintre René Walhin.
Jazz Pour Tous lance une grande opération de recrutement de musiciens, intitulée “Comptez sur moi” .
Et les propositions arrivent.
Et arrivent. Et arrivent.
Pour alterner au micro de présentation avec le tandem Dor/Peterken, on fait venir d’Allemagne le fameux critique et historien Joachim E. Berendt. Les sponsors se pressent au portillon. La fièvre monte.
On décide de monter des expositions sur le site, et même d’élire une Miss Festival. Plusieurs chaines de radio annoncent leur présence sur place.
Au village aussi, on s’agite: du bourgmestre ou curé, tout le monde se mobilise.
Restent deux inconnues. De taille. Le public et la météo ! Tous deux seront au rendez-vous au-delà de toutes les prévisions !