CHRONIQUES LIVRES
" JAZZ ME BLUES " Moisson rouge 2008.  
Jean Paul Gratias a réuni pour Moisson Rouge de très beaux textes noirs autour du jazz. Un nouveau recueil de nouvelles qui nous balade des années 20’ à aujourd’hui avec des rencontres hautes en couleurs. Dans ces quatorze histoires, on croise des musiciens fatigués, des jeunes prodiges enflammés, un bel hommage à Billie Holiday, le frère de Philip Marlowe et un très beau portrait de star fanée (mon opus préféré de Davis Grubb). Une fort belle idée de rassembler de grands noms du polar (John Harvey, Marc Villard, Jake Lamar...) et de grands amateurs de jazz (Bill Moody, Laurent De Wilde, Bob Garcia...). Pour les amateurs de jazz ou de polar ( ou comme moi des deux!). C.C.
CHRONIQUES CD's GREG HOUBEN TRIO, How deep is the ocean . Igloo IGL 211


Enfin, ce trio nous gratifie d’un cd. Le moins qu’on puisse dire, c’est qu’on l’attendait. Et nous ne sommes pas déçus, loin, bien loin de là. Sans se risquer à une comparaison aussi hasardeuse qu’inutile, la formule trompette/guitare/contrebasse ne peut manquer de nous rappeler la formation chère à Chet (dont le fameux disque avec Catherine et Rassinfosse). Le rythme n’étant pas souligné par une batterie, la mélodie est mise en avant et le rôle de la contrebasse devient prépondérant (et avec Sam Gerstmans aux manettes, on ne risque pas de s’en plaindre). Voilà pour la forme. Pour le reste, attardons-nous d’abord sur la qualité du jeu de ces trois gaillards. Le son de Greg est ample. Il allie à merveille franchise et sobriété et il est parvenu à rendre son chant reconnaissable (texture douce et débit nonchalant). Son travail en amont de l’enregistrement est palpable. Quentin Liégeois ne cesse de nous épater par son jeu fluide, ses accompagnements riches qui peuvent se faire dicrets et ses solos desquels émane une architecture réelle. Entendez une ici une véritable construction de l’improvisation, avec une gradation dans l’intensité et dans la complexité harmonique. Et puis, il y Sam; pilier inébranlable, dompteur de walkings et soliste inventif (ne passez pas à côté de son chorus dans Daybreak). Il y a enfin le choix des morceaux qui colle à merveille à la formule, et les compositions qui témoignent de la créativité et de la maturité de leurs auteurs (cfr. Quentin et Greg). Jetez une oreille attentive à «I don’t make set plans (I’m a good time guy)», ça sonne comme un standard. Tout cela ne ferait de «How deep is the ocean» qu’un bon disque s’il n’y avait, sous-jacente et évidente, la complicité de Sam, Greg et Quentin. S.P.
Cuvée ECM 

Manfred Eicher continue à nous innonder de nouveautés plus ECM les unes que les autres, avec de temps à autre, une perle qui nous rappelle la place importante qu’a joué le label dans l’histoire du jazz, ou un Ovni qui témoigne de certaines audaces qu’on se permit fréquemment à Munich, Oslo ou Ludwigsburg. Ainsi, à côté des CD’s de Jon Balke (Siwan, ECM 2042), Louis Sclavis (Lost on the way, ECM 2098), Egberto Gismonti (Saudaçaoes, ECM 2082/3), ou Miroslav Vitous (Remebering Weather Report, ECM 2073), on pointera l’étrange Moment’s Energy d’Evan Parker (ECM 2066), chantre du free européen depuis plus de quarante ans, et qui nous présente une formation electro-acoustique revisitant la New Thing à grands renforts d’ordinateurs et de processeurs. Mais les deux belles surprises de cette fournée sont sans conteste le nouveau CD de John Surman, Brewster’s Rooster (ECM 2046), avec John Abercrombie, Drew Gress et Jack de Johnette ; et surtout le bel hommage à Coltrane rendu par Steve Kuhn et Joe Lovano (Mostly Coltrane, ECM 2099) : si Kuhn fut en un temps de rupture le partenaire de Coltrane (juste avant l’arrivée de Mc Coy), Lovano reste un des principaux coltraniens de l’heure et, avec David Finck (cb) et le fabuleux Joey Baron (dms), ils réinventent le lyrisme du maître avec tact et énergie : le répertoire (constitué surtout de ballades) mêle thèmes de la fin des années ‘50 (Central Park West, Like Sonny), oeuvres majeures du quartet (Welcome, Crescent, Spiritual) et quelques compositions tardives (Living Space, Configuration) l’ensemble constituant un kaléidoscope saisissant du travail compositionnel de John William Coltrane, profession : génie. J.P.S.
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