EXPOSITIONS GALERIE JACQUES PELZER
Depuis près de 15 ans, la Galerie Jacques Pelzer, installée au coeur de la Maison du Jazz accueille photographes, dessinateurs, peintres, collectionneurs à venir exposer pendant deux mois leurs oeuvres en rapport avec le jazz.
A partir du 17 janvier 2008 : YVES BUDIN :
Vernissage le 16 janvier à 18h30
Le vernissage sera réhaussé de la présence du "GONE COMBO" qui présentera 2 sets musicaux lors du vernissage et réinterprétera L'Alcool / L'Anthracite / L'Homme à Tête de Chou / Dieu est un fumeur de Havane / Intoxicated Man
Contrebasse + chant : Bruno Van Gompel
Piano : Sandra Stone
«Du jazz dans le ravin»
Décidément, Gainsbourg a le vent en poupe dans le monde du Jazz. Après l’hommage d’Andy Sheppard, c’est John Zorn qui s’y colle. Bizarrerie s’il en est, ces «tribute» ne concernent pas (ou très peu) le répertoire Jazz du gaillard.
Mais voilà qu’un dessinateur Liégeois s’intéresse précisément à cette période très prolifique pour l’homme à la tête de chou. C’est donc dans la fin des années ‘50 et dans le début des années ‘60 qu’Yves Budin nous plongera avec le trait caractéristique et le talent qu’on lui connaît.
«(...) Le Gainsbourg qui me plaît et que j’éplore, tout d’abord - mais pas seulement -, c’est le pianiste rive droite du milieu des années 50, le pianiste du cabaret « Madame Arthur », du « Milord l’Arsouille », le poète, l’archange maudit, l’albatros modern style, le poinçonneur des lilas, qu’on croise mais qu’on ne regarde pas, déjà pénétré du clivage entre arts majeurs & mineurs. L’époque où il rencontre Michelle Arnaud, Barbara l’Oiseau Noir et Boris Vian, le prince des nuées et des nuits agitées de Saint-Germain- des-prés, et, hum, la Muse nocturne & germanopratine Juliette Greco.
Le Gainsbourg qui me fait claquer des doigts et me tilte le juke-box, c’est le Gainsbourg froid, dandy, distant, équivox. Le cynique, l’élégant, le pudique. Chantant, susurrant, déchantant le désespoir des amours déçues, l’altérité de l’homme et de la femme, l’incommunicabilité nue, le quotidien en Festin Cru. Ecce Homo sur lequel planent les figures tutélaires, maudites, classiques, littéraires & artistiques de Dvorak, Chopin, Bartok, Poe, Baudelaire, Heredia, Huysmans, Nabokov et Bacon.
Le Gainsbourg qui me botte, ouais, petite, c’est celui-là, le grand poète, l’un des meilleurs du XX e siècle, selon moi, celui des textes ciselés, celui des associations verbales au enième degré, des jeux sur la langue et sur les mots teintés de la précision accidentelle du collage surréaliste, celui de la dérive littéraire décadente, esthétique, ambiguë du sens, des sens, qui use et abuse de cette technique si particulière du rejet poétique. Celui que je place à un très haut degré non d’alcool (quoique…) mais d’estime, c’est l’auteur des poèmes qui titrent (tels des eaux-de-vie renfermant toutes les mystérieuses délices – on y revient) à des degrés de dédain stylistiques rarement atteints en chanson française tels que : Le Poinçonneur des Lilas, Ce Mortel Ennui, L’Anthracite, Ronsard 58, La Javanaise, Elaeudanla Téiteia, Intoxicated Man, Black Trombone, Du Jazz dans le Ravin, et trois petits points …Le Gainsbourg qui me stupéfie, est celui au phrasé, au parlé si anglais, si jazz : le flow, le talk-over gainsbourgien, si caractéristique tac-tac-tac, modulant les assonances et allitérations érotiques, les labiales lolitesques, susurrant lubriquement les mitraillettes de vulves syllabiques qui repartent à l’attaque, les faisant rouler en son palais royal, avant que de les souffler, laissant les essences, fragrances s’échapper, décanter, comme dit si bien Verlaine Au Vent Mauvais, hum, bon vent, bon vin, millésimes linguistiques mis en forme par les accompagnementsdes grands vignobles-cavistes-arrangeurs qu’étaient, que sont, que seront - éternellement -, Alain Goraguer (époque jazz), Michel Colombier (époque Requiem pour un Con) & Jean-Claude Vannier (Melody Nelson). Le Gainsbourg qui me transporte, me subjugue, me sublime, est ce dernier : L’Homme à Tête de Chou & le narrateur de L’Histoire de Melody Nelson.(...)»
Yves Budin

© Jacques Joris
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