CHRONIQUES CD's
MARC MOULIN
Il y a déjà un an que Marc Moulin nous à quitté et à cette occasion, le label Blue Note édite deux coffrets, le premier intitulé «BestOf» (1cd) et comprend des inédits et entre-autre une belle version du «Comme à la Radio» de Brigitte Fontaine.
Le «BoxOf» quant à lui, est un box 3 cd’s en édition limitée, qui retrace la carrière de ce musicien inventif des débuts de Placebo aux derniers enregistrements de 2008.
Bref un bel hommage et un indispensable pour les 15 inédits proposés sur les 45 plages.
(CC)
PELZER
LE choc du mois ! La réédition qu’on n’attendait plus (sans doute à force de l’avoir tant attendue).
Comme celle de son ami René Thomas, l’oeuvre enregistrée de Jacques Pelzer est d’une minceur affligeante (à son nom, deux 25 cms, un 45 tours, deux vinyls et deux CD’s - pour plus de cinquante ans de carrière, avouez que c’est plutôt chiche). Il faut dire qu’en ces temps là, dans ce lointain XXème siècle, l’enregistrement d’un disque de jazz était un événement, une cérémonie presque, et en tout cas pas une quasi banale obligation annuelle et contractuelle.
Ce disque (que les producteurs, incroyable mais vrai, viennent de ressortir en CD ET en vinyl fac-simile) était le préféré de Jacques - et sa rareté frustrait d’autant ses fans. Très bien accompagné par Maurizio Lama (pn) Franco Mondini (dms) et notre Benoit Quersin (cb), Jacques nous présente, sur trois titres de ce disque, le trombone italien Dina Piana. Mais ce qui frappe d’emblée dans cet album ressuscité, c’est, outre la précision du phrasé et l’équilibre du discours, l’étonnante beauté du son, à la flûte et surtout à l’alto. “En 61, j’avais toujours mon saxophone d’amour, explique Pelzer, celui qu’on m’a volé un peu plus tard, dans un accident d’auto à Turin. Je n’ai jamais retrouvé l’équivalent. Aujourd’hui, j’en suis encore à rechercher le son que j’avais à l’époque” (1).
Et il est vrai que, si on excepte le Lover man de 1955 et, dans une autre mesure, certaines plages des deux CD testaments de 1990 et 1993, on n’a droit à expression de la quintessence d’un style mixant les influences anciennes (Benny Carter, Johnny Hodges), le choc de la puberté (Parker et le be-bop) et les amours matures (Lee Konitz, Ernie Henry, Gigi Gryce voire Jackie Mc Lean).
Un disque par ailleurs tragique lorsqu’on sait la suite de l’histoire - l’accident quelques semaines plus tard, mais surtout, la même année, la disparition tragique d’Andrée, l’épouse de Jacques. “Quand j’ai perdu ma femme, j’ai voulu tout plaquer, vraiment. On m’a téléphoné pour remplacer Eric Dolphy, je n’y suis pas allé. C’est la seule fois de ma vie où j’ai arrêté la musique pendant six mois. Complètement.” (1) Heureusement, le jazz ne se laisse pas plaquer aussi vite. Et en 61, l’histoire de l’homme du Thier à Liège était loin d’être terminée. On en sait quelque chose ! Une histoire qui, quinze ans après le départ de Jacques, un sombre après-midi de 1994, se poursuit, chaque mercredi, au coeur du club qui porte désormais son nom.
(JPS)
(1) “Prises de Bec et bises de clerc : Jacques Pelzer, esthète mystique” in Bleu Banane n° 4 (printemps 2000)
GREG LAMY
Le guitariste luxembourgeois Greg Lamy vient d’enregistrer son nouveau cd à Collogne accompagné de Gautier Laurent (cb), Johannes Mueller (ts) et Jean-Marc Robin (dms).
Avec «I See You» le quartet nous propose des nouvelles compositions (ainsi qu’une reprise de Round Midnight) qui oscillent entre spleen et groove.
Un jeu de guitare souple et un belle place laissée au saxophone (notamment sur «Mr Paulo»), ce jeune groupe est à suivre en live (vous les aurez peut-être croisés le mois passé au Skoda Jazz)...
(CC)
DARWIN CASE
BOUM! C’est grosso modo l’effet que fait le premier coup de grosse caisse de Xavier Rogé. Le plus impressionnant lorsqu’on découvre cet album, c’est le son. Puissant, ample, percutant. Il y a du Michel Andina là derrière.
La grosse question liée à la sortie de ce disque était: «Est-ce que la musique va fonctionner sans les images de Sebastien Lucas?». Il faut bien peu de temps pour en être convaincu. Car en plus du son, le jeu et les compositions suivent.
La filiation à Aka Moon est évidente, mais ne s’apparente pas à une copie. On en prend plein la tête : démantellement des rythmes, explosion des harmonies et intrusions pertinentes des machines.
On en redemande.
(SP)
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