

| Chroniques 09-2011 |
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CHRONIQUE CDAugusto Pirodda “No Comment” (Jazzwerkstatt 113)
It begins like this... Ca commence comme ça. Il s’agit d’une improvisation en guise de soundcheck, les premières notes que ces musiciens jouent ensemble. Et là, déjà, une évidence : personne ne cherche le leadership. Ecoute, réponse et prise de risques. Augusto Pirodda n’a donné à Gary Peacock et Paul Motian aucune consigne, espérant que c’est dans une totale liberté que cette rythmique donnerait le meilleur d’elle-même. Pari réussi. Que ce soit dans les morceaux atmosphériques (Seak Fruits), plus structurés (Brrribop!!!) ou carrément free (I don’t know), on ne sent aucun flottement. Augusto Pirodda joue la carte de la finesse, de l’importance du silence. Une énorme maturité qui se traduit par une impression de fluidité. Jamais on ne le sent trembler d’être accompagné par ces deux légendes qui semblent prendre un plaisir évident sur ce disque. Signalons enfin la patte de Manolo Cabras qui signe deux morceaux (No Comment et Il Suo Preferito) et qui a mixé et masterisé cet album à découvrir, assurément. (SP)
Koen Nys Quintet “Turtle Music”(WERF 091)
Rony Verbiest “Time of the Doves”(Prova Records PR 1105- CD17)
Inspiré de “Colometa”, une performance théâtrale de Antje De Boeck, “Time of the Doves est un album hypnotique. Le bandonéon de Rony Verbiest donne à ses compositions le relief qu’elles méritent. Dans un répertoire lié au Tango Nuevo, les quatre musiciens utilisent l’espace de manière judicieuse et arrivent à éviter le remplissage, bien inutile lorsqu’on est capable de dégager autant d’atmosphère. (SP)
Colis Futura (Futura Records)
Ceux d’entre vous qui étaient déjà dans le circuit dans les années ‘60/’70 se souviennent évidemment du nom de Gérard Terrones, organisateur, responsable de clubs, homme de radio et surtout producteur ayant mis sur le marché une part importante du jazz libertaire de l’époque : souvenez-vous des labels Futura (53 références), Marge (37 références), Blue Marge, Impro, Jazz Unité etc. Eh bien, une partie de ce précieux répertoire est aujourd’hui disponible en CD. Nous venons de recevoir quatre de ces rééditions, particulièrement représentatives d’une époque et d’une conception de ce qu’on appelait encore parfois à l’époque la New Thing : à commencer par la suite andalouse du guitariste Raymond Boni, baptisée… Terrones ! Un mix franco-americano-andalo-libertaire avec entre autres Joe Mc Phee au sax ; plus proche de nous la réédition de l’album Aorta du contrebassiste Paul Van Gysegem avec une des seules apparitions sur CD à ce jour du vibraphoniste spadois Ronald Lecourt, une des rarissimes figures du jazz wallon à s’être essayé au free à l’époque (on attend son retour sur scène dans les prochains mois) ; un Shepp, pour suivre, le Tribute to Bechet (c’est pas le meilleur Shepp de l’époque, mais bon, c’est une pièce du puzzle) ; et puis, peut-être surtout, il y a un très beau duo Mal Waldron/ Johnny Dyani enregistré au Jazz Unité (Some jive ass boer), disque militant évidemment (nous sommes en 1981 et le mot Boer garde une signification brûlante – un des titres est d’ailleurs un Blues for Mandela), mais aussi disque profondément lyrique et attachant (Dollar Brand n’est pas très loin, même si la pratique répétitive façon Waldron reste éminemment personnelle). C’est une franche tonique et décisive de l’histoire du jazz enregistré qui est contenue dans ces catalogues de Terrones, un jazz qui se mérite, loin, bien loin de l’easy listening, mais un jazz qui rend plus humain ! (JPS) CHRONIQUE LIVRES
«Cour Nord» (Antoine Choplin, Ed. La Brune/Au Rouergue)
L’histoire se passe quelque part dans le nord de la France, dans une petite bourgade plombée d’une atmosphère pesante. L’histoire d’un père et son fils. Le père, délégué syndical, est prêt à tout pour défendre l’unité de production de l’usine menacée de fermeture. Le fils, Léo, contrairement à son père, ne voit dans l’usine qu’un moyen de subsistance alors que ses aspirations sont ailleurs, dans son quartet de jazz (avec son ami Gasp fan absolu de Monk) et la préparation de leur premier concert à Lille. Un père qui aurait souhaité un fils plus engagé dans ses valeurs ; un fils qui aurait souhaité un père plus proche de son monde. Deux vies qui se côtoient sans se comprendre, un monde qui s’écroule, l’autre qui se cherche. Antoine Choplin nous livre dans ce double portrait père-fils un beau roman humaniste teinté de réalisme social et de poésie. Tout en retenue l’auteur nous immerge dans une ambiance forte, entre ombre et lumière, où évoluent des personnages sensibles au fil d’une écriture musicale évocatrice. (CC)
«Michel Petrucciani» (Benjamin Halay, Ed. Carpentier)
A l’heure où sort un deuxième film consacré à la vie et à l’oeuvre de Michel Petrucciani (Michel Petrucciani : Body and soul, de Michael Radford – on vous en reparlera bientôt), Benjamin Halay consacre au pianiste une première biographie à la construction saisissante. Loin du pointillisme chronologique où l’on suit le « héros » de mois en mois voire de jour en jour, l’idée est ici de saisir le personnage et la musique de Petrucciani à travers un découpage original, un prysme quasi musical – succession de thèmes, de chorus, d’intros, de codas, et singulièrement de chases (les rencontres, privées et jazziques, de Michel, qui constituent l’armature centrale de l’ouvrage). Un ouvrage de référence à visage humain, renforcé par une série d’annexes serrées et par une superbe iconographie, et qui, à plus d’un tournant, surprend également par son contenu : on y découvre un Petrucciani passant de la sagesse à l’excès, de l’enthousiasme à la détresse, un personnage d’exception dont la vie et la musique sont indissociables. (JPS) «Lomax» (Frantz Duchzeau, Ed. Dargaud)
John et Alan Lomax. Père et fils. Originaires de Huntsville, Texas. 1933. Première campagne d’enregistrement de ballades et folk songs pour la Librairie du Congrès de Washington D.C. Ils sillonnent le Sud à la recherche de chanteurs de blues, de gospels, de chants traditionnels. Ils entament là un travail colossal et déterminant pour l’histoire de la musique. De plantations en bouges, d’églises en fêtes locales, ils gravent sur cylindres une tradition orale, reflet de la vie de la communauté afro-américaine. La noblesse de la démarche se heurte à la rugosité des autochtones. Celle des Blancs, dont le racisme est un postulat. Celle des Noirs, traumatisés et méfiants. Après le sublime « Le Rêve de Meteor Slim » Frantz Duchazeau confirme son intérêt pour les protagonistes de cette période et son talent pour nous y plonger. Plus qu’un énorme travail de documentation, il semble s’être complètement immergé dans le sujet. Leadbelly, Son House, ou Eddie Cochran, voilà quelques-uns des gaillards que vous croiserez dans ces 118 indispensables pages. En noir et blanc, bien entendu. (SP)
«Bourbon Street» (P.Charlot/A.Chabert, Ed. Grand Angle) ![]() Depuis quelques années, les BD se déroulant sur fond de jazz (ou ayant le jazz pour sujet) se multiplient. On ne va pas s’en plaindre. La Nouvelle-Orléans et la mythologie qui s’y réfèrent sont souvent mises à contribution. C’est à nouveau le cas avec ce premier tome de Bourbon Street, le nouveau dyptique proposé par Grand Angle avec l’appui de FIP. L’histoire est simple : quelques vétérans orléanais, boostés par le succès du Buena Vista Social Club décident de reprendre la route et de remettre le swing au goût du jour. Encore leur faut-il retrouver Cornelius, le trompettiste de la bande, disparu jadis dans de curieuses circonstances. Détail amusant, le narrateur de cette histoire mêlant histoire du jazz, racisme, histoire d’amour est un certain… Louis Armstrong. Musiciens tous deux, le dessinateur Alexis Chabert et le scénariste Philippe Charlot nous offrent en bonus de cette première édition un cahier de 8 pages graphiques expliquant la genèse des personnages. On attend impatiemment le tome 2.(JPS) |
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| Dernière mise à jour : ( 14-09-2011 ) |
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