Pour conforter la réputation de la Belgique comme terre du surréalisme, nos artistes sont superflus, le pays peut compter sur des responsables politiques hors sol. Vous n’avez très probablement pu échapper à la récente saga de la tva à propos des plats à emporter et livrés, sur fond de cornet de frites et de pizza surgelée. Evidemment la culture n’est pas épargnée par cette tambouille-embrouille.

Concernant la hausse de la tva dans les secteurs de la culture, du sport et du divertissement, une exception— sous la pression des Engagés, dit-on — a été décidée avec un statu quo à 6% pour le théâtre (de rue), la chorégraphie, le cirque, l’opéra et la musique classique. Autrement dit, s’agissant de musique, la tva passe à 12% pour les concerts et festivals de pop, rock, rap ou jazz. On ne sait trop où se place la musique contemporaine.

On ne sait pas grand-chose d’ailleurs. Aucune explication rationnelle n’a été apportée pour cette distinction qui a presque tout d’une discrimination sur le mode culture consacrée versus culture populaire. On parle de maintenir la protection de la culture pour les genres les moins lucratifs. Le jazz, source d’abondance financière? Dans le milieu, on en rit, jaune assurément. Nous attendons l’expert qui, chiffres à l’appui, le démontrera. 

Rappelons utilement ce que sont actuellement les aides structurelles pour les arts de la scène. Annuellement, la Communauté française octroie 38,6 millions d’euros à la musique classique (dont 18 millions à l’Opéra royal de Wallonie et 11 millions à l’Orchestre philharmonique de Liège, 41 opérateurs), 11,3 millions d’euros aux musiques actuelles (63 opérateurs) et 1,6 million d’euros à la musique contemporaine (12 opérateurs).

On peut tenter de saisir la chose par n’importe quel bout, cela n’a ni queue, ni tête. Quid pour la prestation de Youn Sun Nah à l’OPRL lors de Jazz à Liège en 2025?  Qui classe les artistes dans des catégories précises? L’artiste a-t-il droit à plus d’une étiquette et celle-ci se décolle-t-elle un jour? 

L’entrée en vigueur de cette réforme est prévue pour le 1er mars. A l’heure de rédiger ces lignes, l'arrêté royal est soumis au Conseil d'État pour avis et viendra ensuite son examen par la Cour constitutionnelle. Voyons voir si “la gestion par des ingénieurs et non des poètes”, vantée naguère par certains, convaincra ces instances.

JO