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Les faits, côté pile: j’avais une Une prête à être envoyée à notre maître graphiste. Sujet: les problèmes gastriques que me causaient les délires quotidiens consacrés à une certaine «dette». Dette par-ci, dette par-là, cent millions pour ce soir, trois milliards pour la fin de la semaine, sinon, c’est la fin des haricots (bleus). Je ne suis pas économiste, mais j’aimerais qu’un jour, on m’explique clairement à qui on doit tout ce pognon. Le pompon étant ce concept hilarant de dette mondiale! Non mais sérieux, la dette mondiale! Et à qui doit-on la payer cette dette, puisqu’elle est mondiale, aux habitants de Proxima du Centaure? Tout ça au nom du sacro-saint Court Terme: du pognon, et tout de suite! Et que je te rétropédale sur les acquis obtenus en termes de santé, d’enseignement, de culture, bref de tout ce qui peut assurer un avenir à nos enfants. Et que je te bombarde de coupes budgétaires, de certitudes libérales genre «tout le monde doit faire un effort». Entretemps, les Seigneurs de l’Arizona revendiquent le retour des cumuls, ben voyons. Tout ça dans un monde dirigé par des gens dont la vraie place devrait être en prison – des bouffons (Trump), des innommables (Poutine), des génocidaires (Netanyahou: rien qu’à taper ce nom, j’ai les doigts qui se bloquent) et j’en passe. Je préparais donc une dose de Pantomed, et puis je me suis dit: et si on était positif pour une fois, plutôt que de jouer au Calimero de salon, ne serait-ce que pour mon estomac.
Les faits, côté face: cool, Raoul, tout n’est pas sombre dans notre horizon: des gens chouettes, de gens intelligents (la vraie intelligence), il y en a et plus qu’on ne croit. Pendant que ceux que nous élisons multiplient les réunions «je veux du pognon», qui se tape des kilomètres pour nettoyer les dégâts d’une inondation ou d’un incendie? Qui prend de son temps pour faire du bénévolat dans les écoles de devoir, les ateliers créatifs, les restos du cœur? Qui verse quelques euros dans les crowdfunding lancés, bien obligé, par les associations qu’on dézingue à tout va? Et puis, qui, depuis plus de trente ans, offre des disques à la Maison du Jazz pour que – merci le long terme – le patrimoine reste intact, loin des containers. Parmi les donateurs de ces derniers mois, à qui nous adressons nos plus lumineux remerciements, on citera d’abord Lolo d’Arlon qui nous a fait parvenir des centaines et des centaines de vinyls issus de la collection de son oncle, dans un état impeccable! Et puis Christian Deblanc (photos), Louis Schiavo (affiches, photos), Freddy Bontemps (vidéos, disques), Michel Mainil (docus, disques), Olivier Vogeli (magazines, livres), Yves Tassin (CD’s), Albert Sauer (docus), George Tonla-Briquet (CD’s), l’équipe du Pelzer (CD’s). Et ce n’est pas tout, les coups de fil se multiplient, comme si l’angoisse qui avait poussé jadis Nicolas Dor à tenter de créer une structure qui accueillerait ses collections connaissait une recrudescence par ces temps de mépris pour la culture et pour tout ce qui n’est pas bénéfice immédiat.
Courage, tout n’est pas perdu, my friends.
JPS